Nous avons démarré cette année en trombe la tête remplie de grands projets et puis nous nous sommes retrouvés face à notre propre montagne et à son immensité pour le moins angoissante. Résultat : nous voilà devant un obstacle qui nous semble pour l’heure infranchissable. Nous ne pourrons nous élever sans laisser derrière nous le poids de ce qui nous encombre encore. Ni sans faire le deuil d’attentes qui ne seront jamais comblées. Pour ma part, l’année a commencé avec un message de vœux qui disait « …arrêter de vivre dans le passé » et qui m’a traversée comme une onde électrique. Alea jacta est, la mort du passé était annoncée. Et tout cela a pris de plus en plus d’ampleur au fur et à mesure de l’avancée de la lunaison Capricorne, oscillant entre l’envie de ne plus se cacher et l’orgueil qui dresse un mur entre nous et les autres mais aussi entre nous et nos émotions. Dans mon cas, c’est le corps qui a pris le relais pour exprimer les deuils, quelques rêves étranges, et au matin, la maladie qui m’a coupée du monde pendant plusieurs jours ! Pour beaucoup, j’ai remarqué que cela s’est traduit par une fatigue démentielle, des angoisses morbides, ou encore un assèchement des émotions poussant à une moralisation excessive des comportements d’autrui.

Pleine Lune en Cancer. Cette intériorité demande à s’exprimer, tout ce qui est contenu, retenu ne peut plus l’être encore longtemps. Cette Pleine Lune parle de ce qui vit en nous, de cette part nostalgique de l’enfance, des rêves qui peuplent notre monde intérieur, de toutes ces émotions créatrices qui nous traversent, et de cette insécurité que nous éprouvons au sortir de notre coquille. Et pour cause, à l’extérieur c’est la nervosité qui prime, les dents sont serrées, l’heure est à l’austérité, le monde ne répond plus selon les systèmes de croyances que nous avons entretenus jusque là. Déconnexion totale. On pourrait comparer ça à une naissance. Subitement, ce qui nous permettait de respirer, nous alimenter et vivre en complète sécurité sans avoir à nous soucier de nos besoins n’existe plus. La mère et l’enfant ont défusionné, et l’enfant crie car il voudrait à nouveau être pris en charge de manière inconditionnelle. Voilà à quelles angoisses nous ferons face dans la quinzaine à venir : solitude, insécurité matérielle, abandon. Et la principale, présente à chaque deuil que nous subissons : la colère.

Pleine Lune en Cancer Climat explosif, en nous, et avec nos proches. Si le monde ne répond plus à nos croyances, nous ne répondons plus non plus aux croyances des autres. Etre authentique implique de faire face à des incompréhensions, à rompre l’équilibre social que nous nous étions créée. Nous n’entretenons plus les mêmes liens avec ceux qui représentent notre « famille », attention car de l’authenticité d’être soi à l’intolérance envers autrui, il n’y a qu’un pas. Il y a beaucoup de linge sale en attente. La colère indique que nos besoins ne sont pas remplis, peut-être parce que nous avons choisi nous-mêmes d’y renoncer ? Gardons du recul. Continuons d’observer ces schémas relationnels qui sont les nôtres. Dénués des attentes qu’ils contiennent, nous serons alors en mesure de voir une réalité différente, plus légère et plus douce. Voyons en quoi nous sommes trop exigeants parfois et pas assez à l’écoute de nos émotions. Voyons aussi en quoi nous sommes trop exigeants parfois et pas assez à l’écoute des émotions de nos proches, persuadés de détenir une vérité dont nous faisons une généralité. La Pleine Lune nous parle de cela, laver, épurer ces schémas en accueillant les angoisses et les émotions que l’on a entretenues à partir des mémoires de notre enfance. Il n’est pas dit que cela passe par le conflit, à nous de maintenir le dialogue, tant avec l’extérieur qu’avec notre intériorité. Mettre de l’adoucissant car l’eau est calcaire.

La révolte, le doute seront bien présents malgré tout, à proportion de notre insécurité. Sous la lunaison Capricorne, l’insécurité se fait matérielle. Les contraintes deviennent pesantes, on se sent étouffés. Financièrement, cette Pleine Lune ne viendra pas améliorer la situation. Va-t’on continuer à croire en nos rêves devant tant d’incertitudes ? Va-t’on choisir d’y renoncer en faveur de plus de sécurité ? Va-t’on se tourner vers la mère-patrie en exigeant qu’elle nous prenne en charge, qu’elle nous propose des solutions, qu’il y ait plus de justice sociale ? Emballement du tambour de la machine ?

Pleine Lune en CancerOn peut se comporter comme un petit enfant capricieux, ou comme un adolescent qui règle ses comptes avant de quitter le nid. On peut revivre chaque rôle familial pour mieux le comprendre. Einstein disait « La folie c’est de faire toujours la même chose en attendant un résultat différent ». On peut alors choisir de se comporter en adulte bienveillant doté d’une intelligence novatrice. Un adulte qui comprend que rien ne sert de concentrer son énergie à lutter contre ce qui ne peut être changé. Un adulte qui apaise l’enfant en crise pour lui permettre de révéler en quoi sa sensibilité est une richesse unique. Un adulte qui pas à pas, responsabilise cet enfant pour répondre à ses besoins de sécurité avec maturité. Un adulte qui accompagne l’enfant pour voir que la montagne est moins haute quand on se concentre à une échelle plus petite, sur la prochaine marche à franchir. Et un adulte qui apprend chaque jour de cet enfant, de ses rêveries et de la foi naïve qui l’habite. On peut également regarder son prochain comme si il était un frère, on joue, on se tient la main, on se reflète, on se confie des secrets, on se mesure l’un à l’autre, on cherche à faire autorité, on se trahit et puis on se dispute, on se replie sur soi mais le lien existe encore. Lâcher prise. Bientôt le linge de toute la famille sera lavé, et sera étendu dehors. La peine occasionnée sera oubliée. Assis au pied du pommier, il n’y aura plus qu’à sentir l’humidité des tissus agités par le vent avec légèreté et ce doux parfum enveloppant qui indique que tout est redevenu sain. De même pour nos angoisses et nos émotions, qui seront comme dans du coton. Prenez soin de vous !

 

© Emilie Briffod